De nos jours, il est indéniable que le concept de Transition Écologique résonne de plus en plus dans nos esprits, suscitant discussions et débats, même parmi ceux-là mêmes qui, depuis les années 70, ont œuvré pour retarder son avènement. Les préoccupations quant aux limites de notre planète étaient déjà évidentes lorsque, en 1972, le Club de Rome publia le célèbre rapport intitulé « Les limites à la croissance », élaboré par des scientifiques du MIT. Dans cet ouvrage, les conséquences dramatiques d’une croissance exponentielle dans un monde fini furent démontrées, mettant en évidence les défis liés à la population, à la production de biens et aux Gaz à Effet de Serre (GES). Pourtant, malgré cette prise de conscience, nous continuons à chercher des solutions superficielles face à un problème imminent.

Personnellement impliqué depuis 2009 dans le mouvement des « Villes & Territoires en Transition » et depuis 1990 dans les associations promouvant l’usage quotidien du vélo, j’ai depuis longtemps discerné la nécessité et l’intérêt pour notre pays de changer de paradigme. Cependant, lorsque j’entends ou lis certaines publications et interventions sur la Transition Écologique, émanant de personnalités et d’autorités de tous horizons, je doute que nous parlions tous de la même Transition. Une majorité perçoit la Transition comme un simple aménagement, une prise de conscience par un système qui se garde de remettre en question sa propre responsabilité dans la crise et qui préfère conserver le statu quo.
Pour illustrer mon propos, prenons l’exemple de la Transition Énergétique. Il ne s’agit pas seulement de substituer les énergies fossiles et polluantes par des énergies renouvelables, mais surtout de passer d’un mode de surconsommation d’énergie (comme l’essence) et de biens matériels (en accumulant des objets) à un mode de vie caractérisé par une consommation modérée des deux.
La photo en entête de cet article est un exemple parlant, car elle montre de manière frappante une voiture beaucoup plus grosse que l’autre. Cependant, pour refléter pleinement l’esprit de la Transition Écologique, il serait intéressant d’ajouter une autre image montrant la petite voiture à côté d’un vélo.
Ne nous y trompons pas, cette approche de modération remet en question les fondements mêmes de notre société, tant sur le plan économique que social. Diviser le nombre de voitures et d’objets par trois, quatre ou vingt aurait un impact majeur sur notre économie. Pour éviter l’effondrement, il aurait été nécessaire de définir, bien en amont, un changement radical de modèle économique, mais malheureusement, je n’ai pas connaissance d’un travail d’ensemble porté par des gouvernements locaux ou nationaux. Seuls quelques visionnaires ont esquissé des prototypes plus ou moins complets comme les décroissants, les écovillages, les Initiatives de Transition, …

Même les journalistes, dans leurs discours, semblent souffrir d’une dissonance cognitive, en annonçant dans le même journal télévisé ou radiophonique, deux informations contradictoires : d’un côté, « vive la reprise de la croissance » et de l’autre, « vive la Transition Écologique ». Il est clair que la Transition Écologique ne peut se réaliser dans le cadre de la croissance telle que nous la connaissons actuellement.
Face à ce bouleversement radical, trois actions s’imposent :
Premièrement, il est impératif que les universitaires et les politiques étudient et mettent en œuvre un nouveau modèle économique, prenant en compte une réduction significative, de l’ordre de quatre à vingt fois, du nombre d’objets produits. Il s’agit de définir comment réduire le temps de travail et les revenus tout en préservant la satisfaction de nos besoins réels. Une telle démarche englobe des concepts tels que la Transition Intérieure, la Relocalisation et l’optimisation.
Deuxièmement, une nouvelle façon de vivre et de penser ensemble est indispensable pour préserver notre démocratie. Cela implique de passer d’une démocratie principalement représentative à une démocratie davantage partagée, impliquant une plus grande participation des citoyens. Une approche qui favorise moins l’égoïsme et davantage le respect et l’altruisme, que l’on peut envisager grâce à des initiatives telles que les « Municipalités en Transition » et la « Transition Intérieure ».
Troisièmement, les citoyens et les institutions doivent œuvrer ensemble pour réduire notre consommation. En effet, même si la publicité exerce une influence puissante, personne ne nous contraint à acheter une deuxième voiture ou un 4×4 lorsque le vélo nous suffirait, à consommer de la viande quotidiennement ou à accumuler des vêtements en grand nombre.

L’interaction entre l’action citoyenne et l’action politique est un débat sans fin, un peu comme la question éternelle de la poule et de l’œuf. Le mouvement de la Transition insiste clairement sur la nécessité de commencer par soi-même, car c’est la seule chose que nous pouvons maîtriser. Ainsi, chaque citoyen se doit de montrer l’exemple et d’exhorter ses élus à accélérer une véritable Transition. Après tout, les femmes et les hommes politiques sont issus de la population et, pour la plupart, ils suivent les désirs immédiats de la population afin d’être réélus.
La Transition Écologique est une entreprise ambitieuse qui nécessite une remise en question profonde de notre manière de vivre et de fonctionner en société. Nous ne pouvons plus nous contenter de solutions superficielles. Il est temps d’envisager un changement radical, et cela requiert la participation active de tous, des citoyens aux politiques en passant par les universitaires. Seul un véritable engagement collectif nous permettra de construire un avenir durable et respectueux de notre planète.