Chaque année, de nouvelles élections suscitent une question récurrente : pour qui voter ? Certains se désintéressent du processus, laissant à d’autres le soin de décider de l’avenir de la commune ou du pays. D’autres hésitent, ne trouvant aucune liste ou candidat qui incarne pleinement leurs convictions.
Dans nos démocraties, le modèle représentatif et majoritaire peine à répondre aux attentes. Un seul individu, le maire, prend souvent les décisions, laissant ainsi de côté les opinions de près de la moitié de la population.
Face à ce mécontentement persistant, une innovation sociale émerge depuis quelques années : la Gouvernance Partagée. Si l’innovation est souvent associée aux progrès technologiques, la Gouvernance Partagée s’inscrit dans la sphère sociale et politique, apportant une amélioration significative à la gestion communautaire, que ce soit au sein d’une entreprise ou d’une municipalité.
Pourtant, cette approche demeure confidentielle malgré ses avantages évidents. Contrairement aux innovations techniques qui émergent rapidement car soumises à la concurrence, les innovations sociales émergent dans des domaines complexes où le citoyen a peu de pouvoir de décision.
Le projet « Municipalités en Transition » propose de tester la Gouvernance Partagée, en mettant particulièrement l’accent sur la prise de décision par consentement au niveau des institutions. Initialement axé sur les enjeux liés à la transition écologique, le projet aspire à ce que la municipalité, et son maire, acceptent de déléguer la prise de décisions à une assemblée informée délibérant par consentement.
Le consentement permet d’ouvrir la boîte de Pandore de la discussion tout en limitant les risques : le maire, ou un délégué dans ce groupe, a, comme les autres, le pouvoir de refuser son consentement si nécessaire. Au final, une délibération bien menée garantit des choix plus éclairés, à l’instar de l’expérience séculaire où la moyenne des estimations d’un groupe permettait de déterminer avec précision le poids d’un bœuf.
Déléguer requiert du courage et une vision à long terme. Le maire, tout comme un chef d’entreprise, n’est plus simplement celui qui prend des décisions, mais celui qui facilite la mise en place des conditions pour prendre la meilleure décision collective possible.
Cette philosophie de délégation trouve écho dans les approches innovantes des entreprises avec une autre méthode : le « Business Process Modeling » ou la cartographie des processus métiers. Le rôle du manager évolue là aussi vers la délégation de celui qui contrôle le travail à celui qui aide, avec ses équipes, à la définition des processus, des rôles et des tâches.
À l’heure où les maires portent de lourdes responsabilités, il est peut-être temps qu’ils commencent à partager cette gouvernance. La démocratie locale ne s’en trouvera que renforcée.
Photo de Andrew Moca sur Unsplash