Gouvernance Partagée : De la Communication à la Coopération
Un groupe connaissant la Communication Non Violente (CNV) peut passer à la Gouvernance Partagée (GP) uniquement si ses membres adoptent une posture de coopération.
Passer du “Je” au “Nous”
Pour fonctionner en GP, il ne s’agit pas de renier son individualité, mais de contribuer à un « Nous » collectif puissant, formé d’individus souverains et affirmés dans leurs différences, comme l’explique l’Université du Nous (l’UdN). Cette transition ne consiste pas à s’effacer pour le groupe, mais à apporter des idées et des énergies au service du projet commun.
Ainsi, chaque intervention dans le groupe doit viser l’intérêt collectif, plutôt que des motivations personnelles. Par exemple, si une idée a déjà été exprimée, il n’est pas utile de la répéter simplement pour se mettre en avant. Cette posture contraste fortement avec la logique compétitive de nos sociétés, où l’objectif est souvent de prouver qu’on est le meilleur.
Du « pouvoir sur » au « pouvoir de »
La coopération implique un changement de paradigme :
- Passer du « pouvoir sur » les autres (contrôle et domination) au « pouvoir de » : agir, coopérer, cocréer, se responsabiliser, et décider ensemble.
- Être au service du collectif tout en restant souverain, c’est-à-dire aligné avec ses valeurs et ses idées.
Coopérer, c’est aussi respecter les règles et processus collectifs, tout en restant capable de lâcher prise sur ses préférences personnelles pour favoriser l’émergence d’une vision commune. Cela nécessite une écoute attentive et la capacité de formuler des objections raisonnées lorsqu’elles servent le groupe.
Les indicateurs de richesse relationnelle
L’Université du Nous (l’UdN) propose des outils pour évaluer la qualité des échanges dans un groupe. L’un d’eux, « l’écoute du centre », invite les membres à poser leur attention sur ce qui compte vraiment : le projet, les propositions partagées et les arguments exprimés.
La posture coopérative demande également de prendre du recul, d’observer ses propres actions et d’ajuster son comportement si nécessaire.
Trois questions essentielles à se poser
Avant de s’engager pleinement dans la Gouvernance Partagée, il est utile de réfléchir à ces trois questions proposées par l’UdN :
- Suis-je prêt(e) à renoncer à mon « Je veux » au profit d’une vision émergente ?
- Mon engagement vise-t-il avant tout à faire exister ce projet, même au-delà de moi, ou à imposer ma propre vision ?
- Suis-je disposé(e) à explorer une autre voie, différente de ma préférence personnelle, pour le bien du collectif ?
Éviter les pièges relationnels : le triangle de Karpman
Lors des discussions, il est crucial d’éviter les dynamiques destructrices du triangle dramatique de Karpman, où chacun adopte des rôles nuisibles :
- Victime : se déresponsabilise et attend des solutions extérieures.
- Persécuteur : impose ses règles et sa vision de manière rigide.
- Sauveur : intervient de façon excessive, sans laisser d’autonomie.
Pour en sortir :
- Le sauveur propose son aide plutôt que de l’imposer.
- La victime apprend à devenir autonome et constructive.
- Le persécuteur devient plus souple et clair dans ses attentes.
Une posture de coopération
La Gouvernance Partagée repose donc sur deux piliers : une qualité de communication, basée sur la CNV, et une posture coopérative. Cela implique un travail individuel constant :
- S’observer, corriger ses comportements, et aligner ses intentions avec les besoins du groupe.
- Prendre du recul sur ses propres réflexes, croyances, et envies pour les ajuster à la dynamique collective.
Adopter la Gouvernance Partagée, c’est apprendre à dialoguer et à co-construire autrement, en privilégiant l’intérêt commun et en renforçant la résilience du groupe face aux défis.
Pour aller plus loin
Si cette idée vous inspire, je vous invite à explorer davantage le sujet en lisant le livre Réinventons le faire ensemble, une lecture incontournable pour approfondir ce mode d’organisation.
Photo de Min An: lien