Outils et pratiques de la Gouvernance Partagée
Après avoir exploré les fondements de la Gouvernance Partagée (GP), il est temps de passer à l’action et de découvrir comment cette approche peut transformer concrètement une organisation. Prenons l’exemple de l’association de transition écologique située à Sucy-en-Brie (94370) dont je suis membre actif depuis ses débuts : Sucy Environnement Transition (SET) . SET est passée d’une structure hiérarchique classique, avec une présidente, à une organisation collégiale fondée sur la Gouvernance Partagée en 2020 avec l’aide de Thomas Munier (Facilitateur en intelligence collective).
Note : pour faciliter la lecture, sans imposer l’écriture inclusive qui pourrait gêner certains lecteurs, j’utilise indifféremment le masculin ou le féminin au lieu du choix exclusif du masculin.
Comment amorcer la transition vers la Gouvernance Partagée
Sortir des habitudes hiérarchiques
Nous ne sommes pas naturellement enclins à partager le pouvoir. Dans un groupe ou une organisation, une seule personne assume souvent la responsabilité principale, tandis que les autres ont tendance à se décharger sur elle.
En Gouvernance Partagée, cette dynamique est bouleversée : il n’y a plus une personne responsable de tout, mais chaque membre devient responsable d’une partie du fonctionnement collectif.
Dans une association, cela implique de remplacer le classique trio président(e)-trésorier(e)-secrétaire par un Conseil Collégial où chaque membre partage un rôle de co-présidence équivalente.
Repenser la gestion des réunions
Les réunions en Gouvernance Partagée diffèrent radicalement des discussions informelles où le chaos et le jugement règnent parfois. Grâce à des processus structurés, elles deviennent des espaces de coopération efficaces. Voici les étapes clés :
- Ouverture : Chaque réunion débute par un temps de silence, un moment de recentrage pour être pleinement disponible dans l’instant.
- Météo : Chaque participant exprime brièvement son état émotionnel, mental ou physique.
- Attribution des rôles : On désigne une facilitatrice, une secrétaire, une gardienne du cœur (qui veille à la bienveillance) et une gardienne du temps.
- Présentation de l’ordre du jour : La facilitatrice annonce les sujets à traiter, tout en laissant la possibilité d’ajouter des points urgents.
- Échanges structurés : Bien que l’objectif ne soit pas d’imposer trop de règles dès le départ, chacun est invité à adopter une posture coopérative, comme évoqué dans les articles précédents.
- Clôture et restitution : À la fin, un temps de partage permet à chacune de restituer ses ressentis, ses apprentissages et les actions concrètes à mener.
Définir et redistribuer les rôles
En Gouvernance Partagée (GP), les rôles remplacent les postes fixes, transformant profondément la manière dont les responsabilités sont perçues et exercées.
Clarification et répartition des tâches
Au lieu qu’une seule personne, comme une présidente, cumule de nombreuses responsabilités, les tâches sont identifiées, regroupées et attribuées à des rôles spécifiques.
Des rôles dynamiques, non figés
Un rôle n’est pas une fonction immuable attachée à une personne. Il est défini en réponse à un besoin de l’organisation, et peut être repris ou redistribué en fonction des compétences et des disponibilités des membres.
Exemple concret au sein du Conseil Collégial (CC) de SET
Lors de notre passage à la Gouvernance Partagée, la présidente d’alors a dressé une liste détaillée de ses tâches. Cette démarche a permis d’amorcer une répartition équitable des responsabilités au sein du CC élargi.
Pour aller plus loin, nous avons recensé l’ensemble des tâches (hors ateliers) et défini pour chacune un animateur principal et un soutien. Cela nous a permis d’identifier environ 70 tâches. Voici quelques exemples :
- Envoi des prochains événements à la Maison des Associations : attribué à A.
- Représentation de l’association en interne : confiée à B.
- Représentation de l’association à l’extérieur : partagée entre C et D.
- Signature des conventions : prise en charge par E.
Ces tâches peuvent ensuite être regroupées pour former des rôles cohérents, favorisant une gestion structurée et collective.
Autre exemple externe : le rôle de “Responsable des événements”
Ce rôle inclut :
- Domaines de responsabilité : contact avec les intervenants, contact avec la responsable de la communication, vérification de la réservation des salles, trouver les bénévoles notamment pour l’accueil.
- Redevabilités : identifier les sujets thématique à l’avance (2 mois avant), fournir toutes les informations nécessaire à la création des affiches et envois aux médias locaux, se synchroniser à l’avance avec le personne responsable des salles, trouver à l’avance la personne responsable de l’accueil et lui fournir un document sur comment gérer la soirée (ouverture et fermeture en lien avec le gardien, présentation de l’association, …).
Une personne est désignée pour remplir ce rôle de manière temporaire. Elle n’est pas “responsable à vie”, mais agit comme une animatrice du rôle tant qu’elle en a la capacité et l’envie.
La force de la flexibilité
Ce modèle permet aux membres de s’investir là où leurs compétences et leur énergie sont les plus utiles, tout en s’adaptant aux besoins évolutifs de l’organisation. Cela libère les individus du poids des fonctions permanentes et favorise une dynamique collective plus équitable.
Adopter une posture de coopération
La Gouvernance Partagée encourage un changement de posture : passer du pouvoir concentré entre les mains d’une personne à un service collectif orienté vers la raison d’être du groupe.
Pour une ancienne présidente, cela signifie :
- Renoncer à incarner seule le rôle central.
- Reconnaître que sa place et ses talents sont au service du collectif, au même titre que ceux des autres.
- Accepter que le groupe décide où ses compétences seront les plus utiles.
Cette transformation demande un véritable détachement, mais elle est aussi source de libération et d’efficacité collective. En fin de compte, la Gouvernance Partagée n’est pas seulement une méthode, c’est un état d’esprit qui remet l’humain et la coopération au cœur de l’action.
La transition vers la Gouvernance Partagée peut sembler complexe, mais elle ouvre la voie à des relations plus équitables, une responsabilisation collective et une efficacité renforcée. Elle n’est pas une finalité en soi, mais un cheminement progressif où chacun apprend à coopérer autrement. Alors, pourquoi ne pas commencer dès aujourd’hui ?
Photo de cottonbro studio: lien