Approfondir la Gouvernance Partagée – sous-groupes, rôles et décisions
Dans mon précédent article, nous avons exploré comment un groupe peut amorcer une transition vers la Gouvernance Partagée (GP). Aujourd’hui, plongeons plus en profondeur dans la gestion des sous-groupes, la définition des rôles et le processus de construction d’une proposition soumise à décision.
La verticalité subtile de la Gouvernance Partagée
Contrairement à l’idée reçue, la GP n’est pas une gouvernance totalement horizontale. Une organisation où tout le monde décide de tout serait inefficace. La GP repose sur une hiérarchie subtile, structurée autour de :
- L’autonomie des rôles : chaque rôle a son champ d’action clairement défini.
- Le cercle d’ancrage : gardien de la raison d’être de l’organisation. Ce cercle, tel le Conseil Collégial (CC) dans l’association SET (cf. l’article n° 4), assure la cohérence globale.
La raison d’être comme boussole
La raison d’être est le fondement de toute organisation. C’est sa mission, sa contribution au monde.
De même, chaque rôle ou sous-groupe doit également avoir une raison d’être alignée sur celle de l’organisation principale.
Depuis 2009, l’association SET a créé entre 10 et 20 sous-groupes appelés ateliers : l’atelier vélo, l’atelier repair café*, l’atelier AMAP, l’atelier méditation, …).
Prenons le cas de l’atelier vélo (antenne de l’association francilienne MDB) qui a intégré l’association SET en 2013, date de la fusion avec les 2 autres associations existantes (Sucy en Transition et Sucy Nature Environnement) pour former SET (Sucy Environnement Transition). Il a du endosser la raison d’être de SET, et le CC de SET a pu redéfinir la raison d’être de cet atelier : “promouvoir les déplacements quotidiens à vélo”. L’atelier vélo ne devra pas se détourner de cette mission en se concentrant par exemple uniquement sur les réparations de vélos haut de gamme. Le CC en sa qualité de cercle d’ancrage a la responsabilité de veiller au respect de cette raison d’être.
Les sous-groupes / ateliers peuvent demander des ajustements à leur raison d’être, leurs règles ou leurs domaines de compétence, mais ces modifications doivent être validées par le cercle d’ancrage.
Rôles clés et représentation des sous-groupes
En GP, les sous-groupes sont reliés au cercle principal par deux rôles :
- Le premier lien (Lead) : représentant les attentes du cercle d’ancrage auprès du sous-groupe.
- Le deuxième lien (Représentation) : porte-parole des retours du sous-groupe vers le cercle d’ancrage.
Dans une association de bénévoles où le temps des membres actifs est limité, ces représentants peuvent ne pas être disponibles pour des réunions régulières. Une solution consiste à organiser des réunions ponctuelles ou annuelles dédiées à la stratégie et aux retours par sous-groupes.
La prise de décision : la Gestion Par Consentement (GPC)
La GPC est un pilier central de la GP. Elle permet de prendre des décisions collectives de manière structurée, sans tomber dans des discussions interminables.
1. Définir une proposition
Avant toute décision, il faut construire une proposition en 3 phases :
- Phase de divergence : les idées émergent librement grâce à des discussions ouvertes, des apports d’experts ou des méthodes collaboratives (six chapeaux, forum ouvert, world café).
- Phase de convergence : chacun exprime son positionnement, sans nécessairement être d’accord.
- Rédaction de la proposition : si le sujet est simple, un membre peut formuler la proposition. Si le sujet est complexe, trois volontaires peuvent travailler dessus, parfois en dehors de la réunion.
Une proposition de qualité doit être :
- Alignée sur la raison d’être du groupe.
- Précise, concrète et bien argumentée (à l’oral).
- Formulée dans un esprit d’écoute et de coopération.
L’écoute du centre : clé de l’équilibre
Proposer une idée en GP demande de dépasser ses préférences personnelles pour écouter « le centre », c’est-à-dire ce qui sert au mieux la mission collective. Si une personne ressent une agitation excessive à l’idée de voir sa proposition rejetée, il est préférable qu’elle laisse quelqu’un d’autre formuler la proposition, dans un état d’esprit plus neutre.
Dans mon prochain article, nous explorerons comment la Gestion Par Consentement transforme une proposition initiale en une décision partagée.
Photo de Anastasia Shuraeva : lien