Gouvernance Partagée – Partie 6

La Pratique du Cercle et la Gestion par Consentement

Dans mes précédents articles, nous avons exploré les bases de la Gestion Par Consentement (GPC). Nous en sommes maintenant à un point où une proposition concise est prête à être examinée par le groupe. Pour cela, l’environnement propice est crucial : il nécessite un cadre de sécurité ainsi qu’une posture appropriée, tant individuelle que collective.

La posture en cercle

Se réunir en cercle permet à tous les membres d’être sur un pied d’égalité et de se voir. Idéalement, il n’y a pas de table au centre, bien que parfois pratique pour poser un ordinateur ou une tisane.

Individuellement, adopter la bonne attitude

  • Se concentrer sur le sujet : Éviter les digressions.
  • Parler à tous : La parole est offerte au cercle, non à une seule personne.
  • Être concis et clair : Pas besoin de répéter ce qui a été dit.
  • Participer activement :
    • Une participation constructive repose sur une réflexion personnelle. Elle implique de ressentir, d’argumenter avec lucidité, et d’offrir une contribution dénuée d’émotion excessive.
    • À l’inverse, une réaction impulsive fondée sur des émotions peut nuire aux échanges, détourner le sujet ou accaparer l’attention.

Prendre un moment de silence pour ajuster ses paroles est une force, tout comme respecter les processus et le rôle de l’animateur.

Les étapes de la Gestion Par Consentement (GPC)

La méthode repose sur plusieurs phases distinctes :

  1. Clarification :
    • Les membres posent des questions dont l’objectif est de dissiper tout doute ou malentendu concernant la proposition.
    • L’auteur peut reformuler sa proposition si nécessaire.
    • Plusieurs tours de clarification sont possibles.
  2. Ressentis :
    • Les membres partagent leurs impressions personnelles sans chercher à convaincre.
    • Ces ressentis aident l’auteur à ajuster sa proposition.
  3. Retour vers l’auteur :
    • L’auteur modifie ou retire la proposition si nécessaire.
  4. Objections :
    • Une fois la formulation de la proposition arrêtée par l’auteur, les membres peuvent exprimer des objections raisonnables (voir ci-dessous) et liées à la raison d’être du groupe.
    • Les objections sont examinées une par une et peuvent enrichir la proposition initiale. Le facilitateur aide à déterminer si une objection est valable.
  5. Validation ou non de la proposition :
    • Si une objection ne peut pas être levée, le projet est abandonné ou une nouvelle proposition est soumise.
    • Si la proposition est adoptée, les membres s’en félicitent et célèbrent l’intelligence collective qui a permis ce succès (Célébration).

Consentement vs consensus

Le consensus exige que tout le monde dise « oui ». 

Le consentement, en revanche, demande qu’aucun membre ne dise « non ». Il peut s’exprimer par un simple « Je peux faire avec ». Cette décision est provisoire et peut être réévaluée si des difficultés apparaissent, ce qui introduit une dimension d’agilité, empruntée aux méthodes de développement logiciel.

L’objection raisonnable

Pour qu’une objection soit valide, elle doit être rationnelle et argumentée :

  • Est-ce un problème pour le groupe ou uniquement pour toi ?
  • As-tu des exemples concrets ?
  • L’objection respecte-t-elle l’intérêt collectif et non des préférences personnelles ou des valeurs subjectives ?

Lorsque des peurs ou des doutes surgissent, une question clé aide à avancer :
« La proposition est-elle suffisamment bonne à l’instant T (donc en l’état actuel des choses) et suffisamment peu risquée pour l’essayer ? » [Is the proposal good enough for now and safe enough to try?]

En adoptant ces pratiques, nous transformons notre manière de collaborer, en favorisant des échanges constructifs, l’équité, et une prise de décision éclairée.

Photo de Jan van der Wolf: lien

Suite : Gouvernance Partagée – Partie 7

Publié par jeanpaulgrange

Engineer Manager spending most of his free time on Transition Network movement activities.

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