Dans un monde saturé d’ambitions, de campagnes électorales agressives et de stratégies personnelles, certaines formes d’élection non compétitives résistent encore. Parmi elles, l’élection du pape — le chef de l’Église catholique — représente un exemple ancien, structuré et inspirant d’élection sans candidat.
Cette forme de désignation, souvent méconnue du grand public, partage de nombreux points communs avec l’Élection Sans Candidat (ESC) telle qu’elle est pratiquée dans la Gouvernance Partagée contemporaine (voir l’article: Gouvernance Partagée – Partie 7). Elle nous rappelle qu’il est possible de décider ensemble, sans compétition, avec discernement et consentement.
Un processus ancien, centré sur le discernement
L’élection d’un nouveau pape est organisée lorsqu’un pape meurt ou démissionne. Elle est confiée au Collège des cardinaux, lors d’un événement à huis clos appelé conclave. Le terme vient du latin cum clave (« sous clé »), soulignant l’isolement volontaire des électeurs afin de favoriser l’intériorité et l’écoute.
Ce processus présente plusieurs caractéristiques remarquables :
- Aucun cardinal ne se déclare candidat. Il est même interdit de faire campagne. La dignité du rôle exige humilité et service, et les jeux de pouvoir sont censés être écartés.
- Tous les cardinaux électeurs sont éligibles (s’ils ont moins de 80 ans et ne sont pas empêchés).
- Des discussions informelles ont lieu avant le vote : les cardinaux échangent sur les défis de l’Église, les attentes, les profils inspirants.
- Le vote se fait à bulletin secret, et les tours se répètent jusqu’à ce qu’un nom recueille au moins deux tiers des voix.
- Une fois ce seuil atteint, l’élu est invité à donner son consentement. Il peut refuser (même si cela est rare).
- En cas d’acceptation, il choisit un nom de règne, puis il est présenté au monde entier avec le célèbre Habemus Papam.
Un parallèle inspirant avec la Gouvernance Partagée
Bien qu’elle se déroule dans un cadre religieux et institutionnel très codifié, cette procédure rejoint plusieurs principes clés de l’Élection Sans Candidat en Gouvernance Partagée :
| Conclave papal | Élection Sans Candidat (GP) |
|---|---|
| Pas de candidature | Pas de candidature |
| Vote par discernement | Vote avec échanges argumentés |
| Vote à bulletin secret | Vote à bulletin justifié |
| Consentement de l’élu | Consentement explicite du nommé |
| Visée collective (le bien de l’Église) | Visée collective (la raison d’être du groupe) |
| Décision par processus itératif | Décision par tours successifs |
Cette convergence nous rappelle que des formes de gouvernance non compétitives ont existé — et fonctionné — bien avant les modèles modernes. Le conclave montre qu’il est possible de faire confiance au discernement collectif, à la sagesse du groupe, et de sortir des logiques de rivalité pour favoriser la coopération et la reconnaissance mutuelle.
Une source d’inspiration pour aujourd’hui ?
À l’heure où de nombreuses organisations cherchent à redonner du sens à leurs prises de décision, l’exemple du conclave peut inspirer : il est possible de choisir sans compétition, sans ego, sans pression. L’élection devient alors un acte collectif, éthique et profondément humain.La Gouvernance Partagée, en redonnant vie à ces principes dans des contextes laïcs, associatifs ou professionnels, propose un renouveau précieux. Elle nous invite à dépasser les modèles dominants pour imaginer des systèmes plus justes, plus calmes et plus collaboratifs.
Un avis sur « Le conclave papal : une élection sans candidat depuis des siècles »
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