Après avoir exploré les dimensions psychologique, spirituelle, sociale et systémique de la prise de conscience, un autre fil s’impose dans notre quête de lucidité : la responsabilité. Celle que nous portons en tant qu’individus. Celle que portent les structures collectives, à commencer par l’État.
Deux cultures, deux visions de la responsabilité
Pendant longtemps, j’ai observé une divergence frappante entre la culture française et la culture américaine. En France, lorsqu’un problème survient, le réflexe est souvent de se tourner vers l’État. Aux États-Unis, c’est l’individu qui se sent en premier lieu responsable. Il ne s’agit pas ici de dire que l’un a raison et l’autre tort, mais de souligner deux imaginaires politiques distincts, qui influencent profondément notre rapport à la citoyenneté.
Cela m’a conduit à m’interroger : qui est responsable de quoi ? Comment pouvons-nous mieux répartir, reconnaître et assumer les responsabilités à différents niveaux de la société ?
Mieux définir les rôles pour mieux répartir les responsabilités
Un rôle peut être défini par trois éléments :
- Sa raison d’être : à quoi sert-il ? Par exemple, le rôle « urbanisme » d’une commune vise à organiser l’usage du sol pour le bien commun.
- Ses domaines d’autorité : que peut-il décider seul ? Le maire peut accorder un permis de construire ; mais certaines décisions exigent l’aval du préfet.
- Ses attendus : quelles tâches doit-il accomplir ? Par exemple : instruire les demandes de permis, respecter le Plan Local d’Urbanisme…
Cette grille de lecture — que j’utilise en ingénierie ou en gouvernance partagée — peut aussi éclairer notre compréhension du rôle de l’État : à quoi sert-il, que peut-il décider, et de quoi est-il redevable ?
La responsabilité de l’État
L’État est un acteur collectif fondé sur trois éléments : un territoire, une population, un pouvoir politique. En démocratie, c’est la population qui, par l’élection, délègue à des représentants le pouvoir de définir ses rôles et les lois.
- À court terme, l’État a pour mission de faire appliquer les lois existantes.
- À moyen et long terme, il est responsable de l’évolution des conditions de vie : anticiper les crises, garantir les droits fondamentaux, corriger les inégalités, organiser les solidarités…
Mais ce travail ne se fait pas en surplomb. Il repose sur des choix collectifs, exprimés à travers le vote, la co-construction avec les citoyens et les associations ou syndicats. L’État n’est pas “extérieur” aux citoyens : il en est l’émanation.
La responsabilité de chacun
Une fois les responsabilités de l’État bien délimitées, reste celle de chacun d’entre nous. Dans une société équilibrée, on ne peut pas tout attendre de l’État, ni tout lui imputer. Quelques exemples simples :
- Je suis responsable de ne pas jeter mes déchets par terre, même si la mairie doit entretenir la voirie.
- Je suis responsable de ma conduite automobile, même si des radars ou des limitations m’y aident.
- Je suis responsable de mes efforts d’apprentissage, même si l’Éducation nationale doit offrir des conditions équitables.
Il ne s’agit pas de nier les inégalités, mais de reconnaître qu’une société vivante suppose que chacun fasse sa part, selon ses capacités.
La fable de la cigale et de la fourmi, revisitée
La droite politique met traditionnellement l’accent sur la responsabilité individuelle (la fourmi), tandis que la gauche insiste sur la solidarité collective (la cigale). Ces visions peuvent entrer en conflit : faut-il aider sans condition, ou demander un effort en retour ?
À mon sens, l’amour inconditionnel est justifié dans la relation parent-enfant, mais dans la société, l’aide doit rester exigeante, pour éviter la déresponsabilisation. Il ne s’agit pas de punir, mais de permettre à chacun de retrouver un pouvoir d’agir.
Inversement, il serait naïf de penser que toute personne en difficulté est seule responsable de son sort. Les quartiers en difficulté, les exclus de l’emploi, les personnes discriminées sont souvent victimes de déséquilibres structurels que l’État se doit de corriger, avec les citoyens concernés.
Parler avec des faits
Un obstacle majeur à la responsabilisation partagée est la polarisation idéologique. La droite et la gauche ont trop souvent tendance à présenter les problèmes sous un angle unique. Or, pour construire des solutions durables, il faut parler avec des faits, des données, des exemples concrets.
L’industrie nous enseigne ce principe simple : “Speak with data” [Parler à partir de données]. Il s’agit de dépasser les slogans pour entrer dans la complexité, sans renoncer à des valeurs.
Repenser ensemble nos besoins
Enfin, cette réflexion sur les responsabilités ne peut faire l’impasse sur le système économique dans lequel nous vivons. Le capitalisme pousse à voir les citoyens comme des consommateurs ou des producteurs, dans une logique de compétition.
Mais si nous inversions le regard ? Et si chacun d’entre nous, avec les autres, pouvait définir les besoins essentiels à satisfaire, et comment y répondre collectivement, de façon juste et durable ?
🔸 L’Évolution Orange, c’est aussi cela : dépasser les assignations politiques, prendre conscience de ce qui nous relie, et oser poser les bonnes questions. Qui suis-je, que puis-je, que devons-nous construire ensemble ?