Dans mes précédents articles de L’Évolution Orange, j’ai décrit différentes prises de conscience nécessaires pour progresser individuellement et collectivement. Pourtant, il me semble que ces réflexions, mises bout à bout, ne suffisent pas toujours à clairement expliquer ma vision de ce qui pourrait constituer une société où il fait bon vivre.
Je propose donc ici d’identifier les briques essentielles de cette construction : des individus responsables, une organisation collective partagée et une sobriété bien comprise.
1. Des individus responsables
Une société n’est rien d’autre qu’un groupe d’êtres humains vivant ensemble. Pour qu’elle s’améliore, il faut d’abord que ses membres progressent individuellement. Il ne s’agit pas d’atteindre un idéal inaccessible, mais de devenir plus conscient et responsable. Apprendre à mieux se comprendre soi-même, mieux comprendre le monde qui nous entoure et mieux comprendre les autres. C’est aussi cultiver la qualité de nos relations par des outils comme la Communication Non-Violente. Chaque pas, même modeste, produit des effets bénéfiques.
2. Une organisation collective partagée
Parce que nous restons imparfaits, la manière dont nous nous organisons collectivement joue un rôle crucial pour améliorer nos décisions communes. Des méthodes comme la gouvernance partagée ou la décision par consentement permettent de limiter les conflits, d’éviter les rapports de domination et de garantir que chacun puisse contribuer.
Une société meilleure ne se décrète pas : elle se construit par une organisation collective fondée sur la coopération et la confiance.
3. Une sobriété bien comprise
Enfin, nous avons besoin de cette condition incontournable qu’est la sobriété. Nous vivons sur une planète finie, et nous sommes nombreux. Le bien-être commun ne peut pas reposer sur une consommation démesurée de ressources ou de biens matériels.
Or notre système actuel repose sur la surproduction et la surconsommation. Pour vendre toujours plus, il crée artificiellement des besoins, organise l’obsolescence programmée, gaspille des matériaux et de l’énergie. Le marketing et la publicité deviennent des moteurs d’irrationalité.
La sobriété remet en cause ce modèle. Elle invite à repenser nos choix :
- Pourquoi fabriquer des SUV dont le surpoids équivaut à trois passagers supplémentaires ?
- Pourquoi remplacer une cafetière manuelle simple et durable par une machine complexe, énergivore et fragile ?
- Pourquoi concevoir des appareils avec des pièces volontairement fragiles, quand une éco-conception intelligente pourrait les rendre réparables et durables ?
Une société sobre privilégiera les low-tech quand elles suffisent, et réservera les technologies sophistiquées à des usages partagés, utiles et durables.
Passer d’un système capitaliste consumériste à une société sobre ne se fera pas du jour au lendemain. Cela exige à la fois des choix individuels et des décisions collectives.
La sobriété suppose en effet des humains dignes de confiance (pour partager des biens communs sans crainte), et des règles claires (pour éviter que les meilleurs amis du monde ne se déchirent). Des exemples existent déjà : des communautés religieuses, mais aussi des coopératives, ou encore le Diamond Club d’Anvers, actif depuis 1893 où une poignée de main suffit pour valider un contrat.
Ce triptyque : des individus responsables, une organisation collective partagée et une sobriété bien comprise n’est sans doute pas la seule voie possible, mais c’est une base solide pour commencer à imaginer un avenir commun plus désirable.