Nous sommes ballotés entre des visions rationnelles et des pensées confuses de la réalité, victime de fake news et de croyances. Comment s’y retrouver ?
Pourquoi ne pas revenir 500 ans en arrière et reprendre la phrase de Rabelais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Elle a été écrite dans un contexte différent du nôtre et peut être interprétée comme « Les connaissances, sans la capacité de compréhension, n’est que pauvreté de l’âme. »
Je retiens dans cette phrase deux mots importants : « connaissances » et « compréhension ». La connaissance est la perception objective ou subjective de la réalité. La compréhension est le fait de les comprendre.
Les connaissances objectives
Nous avons connaissance de tout ce qui nous entoure par nos sens mais ils peuvent être abusés : je vois dans le ciel 3 oies qui passent, à la tombée de la nuit, et mon ami n’en voit que deux. Pourquoi ? Car il est un peu plus loin que moi et la troisième oie est cachée par l’une des deux autres. Ainsi toute connaissance individuelle a de forte chance d’être subjective. Mais la réalité est objective car il y a bien 3 oies qui volent dans le ciel. Avoir une bonne connaissance demande d’y mettre les moyens, de ne pas se fier au premier regard. Dans ce cas précis, il serait possible d’examiner cette scène par des caméras positionnées à différents endroits.
Certaines connaissances s’intéressent à des réalités subjectives
Par exemple : « j’ai mal au ventre ». Il sera peut-être possible un jour de mesurer cette douleur mais pour l’instant ce que je ressens est inaccessible aux autres, je suis le seul à pouvoir l’expérimenter. D’une façon encore beaucoup plus prononcée, si j’aime quelqu’un, ceci n’est pas objectif, même si j’ai objectivement des raisons de l’aimer par sa beauté, sa gentillesse ou son intelligence. Ainsi, les sentiments ne sont pas des vérités partagées. C’est une vérité personnelle, elle n’est pas transposable à une autre personne même si une autre personne peut la partager telle l’émotion face à un beau poème.
Nous avons donc bien deux cas distincts : des réalités objectives ou subjectives.
Ce qui nous intéresse ici sont les réalités objectives dont nous devrions avoir la même connaissance.
Il existe une grande confusion dans l’expression « à chacun sa vérité ». Si cela est vrai pour les sentiments, je soutiens que cela est faux pour une réalité objective.
Pour moi, une réalité existe de façon absolue, même si nous avons des difficultés à l’appréhender (on voit 2 ou 3 oies). La réalité peut certes être multiple (par ex. dans le cas des états quantiques vulgarisés par l’histoire du chat de Schrödinger), mais il existe néanmoins une seule réalité.
Comment faire face aux pseudo sciences, aux fausses informations (fake news), aux croyances ?
La démarche la plus important est de bien distinguer les connaissances objectives et subjectives.
Le subjectif
Je suis amoureux, j’ai mal au vendre, je crois qu’il ne faut pas manger de viande le vendredi ou de porc tout le temps ou ne pas utiliser d’électricité un jour par semaine, je crois que je vais me réincarner ou ressusciter. Tout cela est subjectif par essence. Tout le monde peut le dire pour lui même, par contre il n’a aucune raison de demander à d’autres de penser que cela est une vérité. Il n’existe pas de preuve tangible pour dire si c’est vrai ou faux.
L’objectif
Décrire le comportement physique des atomes de notre corps et de l’univers ou d’ensembles d’atomes que sont les pierres ou les animaux, se fait à l’aide de lois objectives = reproductibles par tout être humain ou machine, en tout lieu. La gravitation est un phénomène objectif depuis bien longtemps, même si elle est restée inexpliquée durant des millénaires.
Pour obtenir cette connaissance objective de la réalité, des outils sont à notre disposition comme les statistiques, les protocoles, leur validation par des pairs et la multiplication des études.
Les statistiques
Les premiers hommes mélangeaient l’objectif et le subjectif en sacrifiant des animaux pour faire tomber la pluie. Ils avaient pourtant, même à cette époque, le moyen de démontrer la non relation entre les deux en faisant suffisamment d’essais avec ou sans sacrifice pour se rendre compte que cela n’influençait pas la météo.
Cette méthodes des statistiques permet d’étudier des sujets aléatoires comme le jeu de dès. Si je le lance un dé, quelle sera la face qui se trouvera au dessus ? On dira le hasard mais le hasard a aussi des lois : les lois statistiques. Si on lance le dés un grand nombre de fois, chaque face sortira le même nombre de fois.
Les risques sont aussi étudiés de la même façon. Si les assurances font payer plus cher les jeunes conducteurs que les anciens, ce n’est pas par hasard mais parce que les statistiques ont montré que si on est jeune, notre comportement est plus souvent à risque et nous avons plus d’accidents ou ils sont plus graves.
Le protocole
Il est nécessaire de mettre en oeuvre les études statistiques suivant une méthode permettant de s’affranchir de tout biais expérimental : le protocole. Dans l’exemple du lancement d’un dé, le protocole demande que le dé ne soit pas pipé, de changer la face qui se trouve dans le creux de la main à chaque lancé et de dépasser une certaine distance de jet afin de rendre l’action la plus aléatoire possible.
Le protocole le plus connu est l’étude en « double aveugle » : ni le patient, ni le prescripteur ne savent si le patient utilise le médicament actif ou le placebo. Il existe même le triple aveugle ou le chercheur ne sait pas non plus ce qui est à trouver dans les données. C’est ce protocole, utilisé sur un nombre suffisant de patients, qui est utilisé pour savoir si un médicament est efficace et quels en sont les risques. Il n’est pas nécessaire de comprendre comment le médicament fonctionne pour rendre objectif et donc réelle son efficacité.
La validation par des pairs
Enfin, pour diminuer les risques d’erreur ou affiner les résultats un ultime outils est utilisé : la validation par des pairs. Pour qu’une étude puisse être publiée, elle doit être revue par des personnes expertes dans le même domaine. Celles-ci vérifient essentiellement la qualité du protocole et l’interprétation des données. Cela permet d’éviter que certains grands professeurs, ayant pris la grosse tête, prennent leurs désirs pour la réalité. Tout le monde est traité de la même façon ou plus exactement toutes les études sont traitées de la même façon.
Multiplication des études
Au final, et c’est ce qui est utilisé par le GIEC dans le cadre des études sur le changement climatique, on ne prend pas une seule étude mais de nombreuses études pour définir ce que l’on soutient comme une réalité.
Alors entre la tante machin qui soutient que ce médicament est bon et sans risque, ou une dizaine d’études publiées qui prouvent que cet autre médicament est bon et les risques définis et limités, lequel choisissez vous ?